Lever de soleil au Refuge de Packe
Lever de soleil au Refuge de Packe

18 Août 2013. Des mois que l’envie de partir nous rongeait. En ce beau matin, après une nuit rythmée par les coups de tonnerre et par une pluie battante, nous voila sacs sur le dos , au départ de notre premier périple. Départ Cauterets, tout schuss sans le bonnet !

Les premières heures sont laborieuses, nos coeurs s’emballent, nos souffles s’accèlerent et les sacs (20 kilos bien tassés !) scient nos épaules pendant l’ascension du premier col.

Une de nos premières ascensions dans un décors dépaysant
Une de nos premières ascensions dans un décors fantomatique : Col De Riou

Le voyage se poursuit, nous baroudons dans des paysages qui anesthésient les douleurs qui nous suivent au fur et a mesure de nos longues journées de marche.

Au troisième jour, alors que nous avons passé Luz Saint Sauveur et que nous arpentons le GR10, nous ne savons pas encore que nous sommes à quelques heures de vivre notre première frayeur. En milieu d’après midi, le sentier que nous empruntons est traversé par de nombreux petits torrents qui nous poussent à faire une pause. Un rocher au bord de l’un deux nous semble être un endroit parfait pour se reposer quelques minutes. Faute grave. Kevin s’engage en premier, sereinement. Mais lorsqu’il pose ses pieds sur la roche glissante, ses appuis se dérobent et il se retrouve aussitôt les fesses posées sur un toboggan se finissant par un vol plané de 9 mètres. Heureusement, la dernière partie du rocher est sèche et sa folle descente est stoppée à moins d’un mètre du bord.  C’est au tour de Sylvain de se lancer, il a vu Kevin glisser et se méfie. Malheureusement ça ne suffira pas : il pose lui aussi ses pieds sur le rocher fourbe et manque de s’envoler direction la grande ours. Il restera pendant un long moment maintenu par la seule force de ses bras, réfléchissant à comment se sortir de cette situation. Il finira par trouver un moyen de s’asseoir et nous savourons enfin une pause bien méritée.

Un de nos premiers bivouacs, perdus en pleine nature.
Un de nos premiers bivouacs, perdus en pleine nature.

Quelques jours plus tard, notre nuit a la cabane de Motte manquera d’être la dernière ; en effet, après quelques heures de marche de bon matin, nous nous retrouvons face au cirque de Lys, une vaste étendue qui se transformera vite en piège. Face a nous, le seul passage menant à l’étape du soir prend la forme d’un imposant glacier pris dans d’étroites gorges. Ses flancs de plusieurs mètres d’épaisseurs abritent failles et crevasses qui nous barrent la route. Déterminés à atteindre notre objectif du soir, c’est sans plus attendre, littéralement possédés par l’esprit de Bear Grylls, que nous nous  lançons sur son dos.

Aperçu d'un monstre de glace.
Aperçu du monstre de glace.

Apres en avoir escaladé un bon tiers, nous sommes contraints de passer dans une anfractuosité entre une paroi de roche et une paroi de glace. Kevin passe en premier, il arbore un visage crispé, tendu, mais pour lui ça passe ! Sylvain s’engage a son tour, mais le sol, constitué de boue et d’herbe sechée, se dérobe sous ses pieds, le laissant en suspend au dessus d’une faille plongeant sous la glace, maintenu par la seule force de ses bras. Il se sert des deux parois pour avancer et se sort du pétrin. Réalisant à peine ce à quoi nous avons réchappé, nous poursuivons l’ascension pour arriver quelques heures plus tard face a une impasse. L’espace d’un instant, nous envisageons de nous sortir de ce cul de sac en utilisant notre corde, mais la mesure nous dicte de chercher un autre passage (Fait assez rare pour être souligner !). Après une nouvelle heure de grimpe, la surface du glacier devient plus lisse et une fine couche de boue la recouvre. Les prises se font de plus en plus rares et bientot nous nous retrouvons allongés sur la glace, en mode  etoile de mer,  pour ne pas glisser à tenter de grapiller peniblement quelques mètres. Alors que nous essayons de nous frayer un chemin, nos doigts nus plantés dans la glace, Kevin aperçoit une faille de quelques mètres de large qui coupe littéralement le glacier en deux. Le verdict est sans appel : nous devons rebrousser chemin. Épuisés, nous redescendons la totalité du chemin parcouru, à la hâte et sur les fesses, méthode peu académique mais efficace !

Arrivés en bas, les nerfs se relâchent et toutes les tensions de la matinée se résorbent sous l’effet d’un repas amplement mérité. A la lumière de nos  égratignures, nous sommes bien conscient d’avoir eu de la chance.

Nous repartons sur les chemins avec pour objectif le refuge de Packe. Nous l’atteindrons après deux journées supplémentaires et non loin de 20 heures de marche à arpenter tour à tour des sentiers, nevées et autres champs de rocailles. Les superbes décors que nous traversons ne suffisent pas à calmer notre aboutisme et des « heeeiiin ferme la ! »(dédicace au patron!) résonnent dans les vallées. Lorsque nous arrivons sur le belvédère du refuge en début d’après-midi, nous comprenons immédiatement que cette étape constitue le point d’orgue de notre périple : un panorama à 360 degré qui rafle la palme de la plus belle vue de la quinzaine. Après un bon repas chaud, nous décidons de rejoindre le lac a une centaine de mètres du refuge. Pendant que Kevin mitraille le lieu de photos, Sylvain inaugure notre matériel de pêche et notre appât improvisé … qui résiste vaillamment à l’assaut d’un petit poisson venu troubler sa baignade.

Sylvain au bord du lac du refuge de Packe.
Sylvain au bord du lac du refuge de Packe.

En fin de journée, le temps se dégrade et un épais brouillard recouvre le lac. Nous retournons alors au refuge d’ou nous admirons le ballet des nuages qui dansent entre ces falaises parfois enneigées qui veillent sur une petite vallée encaissée où sommeille un lac (caaaaalme toi, c’est notre petit coté poète). En début de soirée, le vent s’intensifie et les coups de tonnerre qu’on entendait au loin se rapprochent. La pluie fait son apparition et nous sommes désormais calfeutrés à l’intérieur du refuge d’ou nous couchons quelques lignes dans nos carnet à la lumière d’un petit néon fatigué. Malgré le froid et l’humidité, nous sommes bien contents d’être à l’abris par cette nuit d’orage. Nous en profitons pour savourer le verre de Whisky (Bowmore 12 ans d’age,au dessus c’est le soleil les mecs) que nous avions emmené à notre départ. Seule la voix de Calvin Russel chantant « Crossroads » manque à l’appel. Nous osons quelques vocalises qui se perdent dans les coups de butoir de l’orage puis nous nous endormons sur de vétustes matelas, bercés par la foudre.

Ballet de nuage autour de ces montagnes.
Un décor qui se métamorphose sous nos yeux.

Nous poursuivons ensuite notre route vers les lacs d’Aumar et d’Aubert puis le lac de l’Oule, enchainant les longues journées qui usent nos pieds déjà crevassés. Nous nous habituons à ces douleurs chroniques et profitons de chaque instant dans ces somptueux décors pour pour atteindre notre point le plus haut lors du 9e jour avec l’ascension du Pic de Bastan (2700 mètres, donc automatiquement ça commence à taper !). On y rencontre un randonneur chevronné qui nous félicite pour ces deux semaines puis repart au pas de course.

– Ah bah attention, on n’est pas des amateurs ! lance Sylvain,

– Ah oui je vois ça, eh chapeau les gars ! répond le baroudeur aux lunettes ronde.

Le lac de l'Oule depuis le Pic de Bastan. Au dessus, c'est l'soleil !
Le lac de l’Oule depuis le Pic de Bastan. Au dessus, c’est l’soleil !

Bientôt, nous entamons l’ascension du Pic du Midi, un gros morceau que nous n’oublierons pas de si tôt ! Après une heure de marche, nous sommes a court d’eau, mais pas de panique la carte indique de nombreux petits ruisseaux plus haut dans la montée…

En faisant une pause a l’unique coin d’ombre du parcours, voilà que nous entendons un bruit : une chèvre émerge des buissons et s’avance vers nous ; vision d’horreur, elle tire sous elle un moignon de patte dénudé d’où un os noirci, rattaché par quelques tendons, balance au rythme des claudications de son hôte. Sous le coup de la surprise Sylvain tombe a la renverse, trahis par son sac ! Une nuée de mouches voraces dévore les chairs en putréfaction de cette chèvre encore bien vivante que nous devons repousser a grands renforts de coups de pieds pour stopper ses assauts. L’odeur de mort qui en émane nous donne la nausée, et nous nous demandons si nous devrions l’achever. Face a cette question cornélienne, nous la laissons vivre et repartons.

L’ascension se poursuit sous un soleil de plomb. Tandis que la soif fait peu a a peu son oeuvre et que nos yeux se voilent, c’est avec horreur que nous nous apercevons qu’il n’y a pas la moindre goutte d’eau en vue… C’est en début de soirée, après avoir marché tout l’après-midi sans possibilité de se désaltérer, a suer du sel par tous les pores de la peau que nous débarquons au col du pic du midi. A cet endroit nous attend, ô miracle, une palette sur laquelle sont entreposées des dizaines de bouteilles d’eau !

Repos bien mérité après l'ascension vers le Pic du Midi
Repos bien mérité après l’ascension vers le Pic du Midi

Quelques jours plus tard et alors que la fin de notre périple se dessine, nous nous surprenons a rêver de petits déjeuners gargantuesques, bacon, œufs, confitures, tout y passe au grand dam de nos estomacs nourris aux conserves froides pendant 15 jours. La douche et le contact humain nous manquent aussi.

Non le monde sauvage n’est pas un luxe , c’est une nécessité de l’esprit humain aussi vitale pour nos vies que l’eau et le pain.

Ce périple nous aura ouvert les yeux sur la nécessité de vivre des aventures, ce quelque chose qui nous force a sortir des ornières de la routine et des schémas habituels ,qui nous remet en question , qui nous oblige à faire face à l’inconnu et par conséquent nous oblige à nous connecter a nous même pour y trouver des ressources et des capacités pour affronter tous les imprévus. Pour nous ces montagnes représentaient l’irréversible , l’inconnu à l’état pur, sans formations ni connaissances aucune ,  nous ne pouvions leur échapper. Ce face à face envoûtant nous a ouvert à la vie dans toute sa splendeur et sa difficulté.

Le bonheur de l’homme est dans la nature sauvage

[Calvin Russel – Crossroads]

Sylvain & Kevin

Instant écriture au Refuge de Packe
Instant écriture au Refuge de Packe
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