Les premières collines se dessinent, moussantes de vert, et rougissantes par endroit. Derrière nous, les étendues de cendres broient du noir et retournent à leur solitude. Nos yeux retrouvent la couleur. Extrait de notre journal de bord

Pour notre arrivée dans ce sanctuaire volcanique, le soleil sort le grand jeu en dansant avec quelques nuages égarés.

Bel accueil pour notre arrivée à Landmannalaugar.
Bel accueil pour notre arrivée à Landmannalaugar.

Nous repartons le lendemain et commencons le fameux trek Landmannalaugar – Thorsmork après une erreur de débutant qui nous aura coûté une demi journée (Ca nous apprendra à partir tout schuss, sans le bonnet : faut vérifier son chemin avant de se lancer les gaaaars).

Nous montons et descendons des montagnes, fatigués,blessés, mais heureux. A chaque sommet sa récompense : aucun écran, aucune photo ne remplacera jamais le privilège de contempler un panorama après en avoir chié des heures.

Sur ces terres sauvages, nous nous imaginons explorateurs, découvrant de lointaines contrées encore vierges. Extrait du journal de bord

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Après une heure de montée abrupte : La récompense

Nous découvrons plus tard que nos fruits séchés ont pourri avec l’humidité. Tant pis. Le corps s’adapte à l’effort, de 3 repas par jour, nous passons à 2, voir un seul quand les conditions météorologiques ne nous permettent pas d’allumer le réchaud. La faim nous tenaille toute la journée.  Nous maigrissons à vu d’œil. Enfiler son pantalon c’est comme enfiler une couette :  à l’intérieur la structure du cerf volant, point à la ligne. Comme lors de nos précédents périples, nous composons chacun notre menu idéal : nous nous accordons sur la viande rouge.

Dans ces paysages déchirés, le diable rôde. Et il schlingue le salaud. Une odeur d’œuf pourri, caractéristique du soufre, nous a mis sur sa piste. Des plaies ouvertes du sol, s’échappe dans un bruit de pétard mouillé, le souffle blanc et brûlant du dragon. Terré dans les entrailles de la Terre, il attend de crachoter ses geysers bouillonnants au premier imprudent. Nous évoluons prudemment.

Notre marche continue au milieu des fumerolles

L’après midi nous profitons d’une pause et d’un énième panorama pour déguster un magnifique barreau de 17cm (on parle de cigare, calme toi.)

Le cigare et le whisky, compagnons idéaux de ces moments de repli. Aux pauvres gens solitaires, il ne reste que cela. Et les bien pensants voudraient interdire ces bienfaits ! Pour nous faire parvenir à la mort en bonne santé ? Tesson S.

Le soir nous dormons sur le plus beau bivouac de notre aventure. La tente est planté au pied d’un névé sur une montagne noire de cendre . A l’Ouest, le soleil dessine, au gré de ses apparitions, des ombres sur les collines. Kevin en profite pour lancer un timelapse (résultat dans notre vidéo !). Nous sortons nos carnets et ouvrons la fenêtre de la tente pour offrir au paysage le temps de décliner ses nuances, ne plus penser à rien, et, soudain saisir l’idée qui passe, la jeter sur notre carnet. Usage de la fenêtre : inviter la beauté à entrer et laisser l’inspiration sortir.

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Depuis notre arrivée à Landammanlaugar, les tableaux s’enchainent. Tous plus beaux les uns que les autres.

Sans eau, nous faisons bouillir la neige du nevé. L’idée est excellente et nous nous trouvons géniaux jusqu’à voir la couleur de l’eau. Noire. Chiotte les mecs ! Tant pis, on est plus à ça près.

Sur le chemin, nous tentons des improvisation cinématographiques en mettant en scène notre marche à travers des coulées de lave sous le regard d’un petit groupe de marcheurs. Ils doivent penser qu’on est complètement possédé. Lors de nos pauses, nous mangeons nos traditionnelles barres Grany, bien meilleures que le muesli du petit déjeuner. D’ailleurs, le muesli à sec c’est pas très bon, faut être honnête. Pour l’anecdote, sur le vol de retour vers l’Allemagne, les hôtesses nous ont donné en guise de collation : un bol de muesli. Comme une dernière petite crotte de nez dans la face. L’Islande nous aura mis à l’épreuve jusqu’au bout. Nous refusons poliment: « nein, danke.  » (ça t’étonnes? Calme toi, on est plus ou moins polyglotte..)

Dans la soirée, nous profitons de nos cheveux gras à souhait pour tester quelques coiffures, du punk au neo nazi en passant par le hippie, nous passons le temps comme nous le pouvons et immortalisons ça par des vidéos qui finiront dans notre bêtisier. Nous comparons nos barbes de plus en plus longues et difformes (rousse pour Kevin, bouclée pour Sylvain : problèmes différents, laideurs communes).

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Le lendemain nous croisons du monde sur le chemin, nous nous rapprochons du but. La neige a déposé une crème blanche sur le sol noir. Parfois le soleil illumine la pointe des obsidiennes qui jonchent le sol: des étoiles s’allument en plein jour.

Le ciel, enfin bleu, est fou, ébouriffé d’air pur, affolé de lumière. Des images d’une intense beauté surgissent et disparaissent.

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C’est déjà notre dernière journée de marche. Nous quittons les Highlands : La végétation réapparait, le soleil aussi. De petites fleurs aux senteurs de miel tapissent les abords du chemin, nous rappelant les Pyrénées. Nos profitons de ces derniers moments de marche avant d’arriver à Thorsmork où nous achetons le Mars dont nous rêvons depuis quelques jours (Prix de rêve aussi : 2.70 euros ! En Islande, faut pas avoir d’oursins dans la poche.). Dans quelques heures, nous prendrons un car direction Reykjavik d’où nous rentrerons en France.

Nous voilà installé dans l’avion en direction de l’Allemagne.

Nos gueules sont burinées , abîmées. Le poids de l’expérience a tiré nos traits. Seuls nos yeux restent brillants : les moments vécus leurs ont donné la même intensité.

Dans un jeu de vase communiquant, nos sacs se sont vidés et nos têtes se sont remplies.

L’aventure épaissie l’instant, elle le fouette et re-fouette jusqu’à le faire mousser en souvenirs impérissables. Extrait du journal de bord

Partis 10 jours, nous avons la nette impression d’être parti des semaines. Une sensation difficile a retranscrire par écrit.

Après cette bouffée d’air pur, les choses simples sont appréciés à leur juste valeur: une douche, un bon repas, un lit partagé avec autre chose qu’un mec puant et dégueulasse, le bonheur !

 

[Of Monster and Men – Dirty paws]

 

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Ouais, ça rigole pas !

 

 

Résumé en image de notre périple !!

 

Sylvain & Kevin

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